Jeudi 29 novembre 2007
Pratiquement tous les jours je mange à la même cafétéria d’entreprise. J’y connais tout le monde ou presque. Bonjours, bises, blagues...
Le chef en profite pour régler ce qui ne peut attendre, vérifier que les gens ont bien reçu-lu-compris ses mails.
Ce jour-là dans la file d’attente, un couple de personnes très âgées. Anciens de la boite sans doute. Nous ne les connaissons pas et nous
n’y aurions pas fait attention plus que ça, si le monsieur n’avait pas commencé par ne pas savoir quoi choisir en entrée. Visiblement, il voyait très mal et avait, malgré ses lunettes, le nez sur
les étiquettes des prix. Il prend d’abord une assiette composée assez copieuse, puis la remet, vise ensuite les œufs mayonnaise qu’il pose sur son plateau. Puis, avançant, il décide de se servir
dans les bols de crudités, mélangeant les pinces d’un bol à l’autre. La personne de service, le surveille d’un œil très désapprobateur, car il en met presque partout sauf dans son petit bol. Une
fois servi, il avise les œufs mayonnaise sur son plateau, les saisi et les remet sur le présentoir tellement maladroitement qu’il loupe son coup et les renverse. Et allez ! Quelques saletés
de plus ! La serveuse range, débarrasse, essuie. Elle est fumasse.
C’est là qu’en le suivant de loin pour ne pas être éclaboussés que nous commençons à avoir le fou rire. Un rire nerveux, incontrôlable.
Je suis pliée, en larmes, mais c’est pas fini. Nous le voyons demander un truc au cuisinier qui le fait répéter. « Quoi ? Un morceau plus gros ? Plus chaud ? »
C’est du bœuf en sauce « Ils sont tous à la même température, et de toutes façons quand vous aurez mangé votre entrée, il sera refroidi ». Le cuisinier qui visiblement connaît
l’oiseau, ne plaisante pas, lui.
Moi, je ris toujours, et quand je ris, on m’entend. Mais tout à coup, je vois le vieux qui essaie de se servir du vin au cubi. Il appuie
là-dessus comme un malade, il va se doucher à la piquette, c’est pas possible. Je pousse donc du coude mon collègue qui est entre lui et moi. Aimablement, celui-ci va donc l’aider. Il appuie sur
le robinet, il coule du rosé. Le vieux dit qu’il voulait du rouge. Alors le collègue ne se dégonfle pas et passe la carafe au cubi d’à côté. Un petit coup de rouge sur le rosé. Je me gondole
toujours pendant que le collègue derrière moi, qui n’est pas triste non plus dit « Allez ! Diesel ET essence »
Pauvre monsieur, j’avoue qu’il était tellement âgé, et j’ai même pas eu pitié, pourtant je devrais, car comment serai-je à son
âge ?? Pas une vieille chieuse j’espère.
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